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Les yeux du monde se détournent de l’Ukraine Sur Facebook, on recensait déjà quatre fois moins de publications sur le pays un mois après le début de l’invasion.

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Il y a un peu moins de cinq mois commençait l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Depuis la fin février, l’intérêt du public pour le conflit a considérablement diminué. Les requêtes sur les moteurs de recherche, la couverture médiatique et les interactions sur les réseaux sociaux à propos de la guerre en témoignent : elles ont toutes connu d’importantes baisses.

Sur Facebook, on recensait déjà quatre fois moins de publications liées au mot-clé « Ukraine » à peine un mois après le début de l’invasion russe, selon l’outil d’analyse CrowdTangle. Même chose du côté des réactions à ces mêmes publications : si ces dernières comptabilisaient une moyenne quotidienne de 75 millions d’interactions lors des cinq premiers jours du conflit, elles n’en comptaient plus qu’un demi-million du 15 au 19 juillet.

Les requêtes faites sur le moteur de recherche Google au Canada confirment la tendance. L’intérêt pour le terme « Ukraine », qui était à son paroxysme lors de la semaine du 20 au 26 février, était lui aussi quatre fois moindre un mois plus tard.

Sur une période de six semaines en avril et mai, il y avait même environ six fois plus d’intérêt pour le procès opposant Johnny Depp à Amber Heard que pour le conflit en Ukraine, selon les données de NewsWhip, une firme d’analyse de l’engagement sur les réseaux sociaux.

Selon Renaud-Philippe Garner, professeur adjoint au Département d’économie, de philosophie et de sciences politiques de l’Université de la Colombie-Britannique, le désintérêt croissant pour la guerre en Ukraine est « indéniable ».

De manière générale, les seules personnes qui semblent encore s’y intéresser sont touchées par le conflit, explique-t-il d’emblée. « Ce sont des gens liés à l’Ukraine, qui ont des liens personnels, familiaux ou culturels. […] Ensuite, il y a les professionnels qui travaillent dans la défense et les relations internationales », donne-t-il comme exemples. Puis, il y a les gens qui, pour toutes sortes de raisons, sont fascinés par cette lutte armée.

« Je pense qu’une fois qu’on a fait le tour de ces trois groupes là, c’est assez difficile de trouver des gens [qui s’intéressent au conflit] », observe le philosophe de formation.

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Ce ralentissement est aussi observable chez les gouvernements, dont l’appui financier et les promesses s’essoufflent. Entre le 8 juin et le 1er juillet, seuls quelques nouveaux engagements envers l’Ukraine se sont ajoutés, et ils étaient moins substantiels, selon le Kiel Institute for the World Economy, qui compile des données sur les sommes promises à l’Ukraine. Les livraisons militaires et financières sont d’ailleurs toujours en deçà de ce dont l’Ukraine dit avoir besoin — et de ce qui a été promis au pays —, indique l’organisme.

L’identité collective

Pour Charles-Philippe David, fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand, il est tout à fait normal que les conflits armés suscitent moins d’intérêt avec le temps, et l’Ukraine n’échappe pas à cette tendance. « À moins d’un danger d’escalade imminente, la plupart du temps les conflits tombent dans une certaine forme “d’oubli” ou de torpeur sur la scène internationale », indique-t-il.

Bien qu’il n’existe pas d’explication unique à ce changement de panorama, le professeur Garner croit que trois dimensions peuvent venir expliquer le phénomène : d’abord, le fait que le conflit se prolonge ; ensuite, son caractère, qui est rapidement devenu « statique » ; enfin, la distance, tant physique qu’émotive.

« Oui, il y a de l’usure, mais l’usure n’explique pas tout, parce qu’il y a des événements plutôt vieux qui suscitent encore beaucoup d’émotions. […] Si on résumait uniquement cela au temps, ce serait difficile de s’expliquer comment les attentats du 11 Septembre mobilisent toujours et pourquoi l’Ukraine, qui a été envahie il y a moins d’un an, semble presque lettre morte », argue-t-il.

Puis, il y a l’absence de développements majeurs, les deux camps s’affrontant maintenant sur de plus petits territoires pour le contrôle de l’est du pays.

Cela dit, bien que le caractère statique qu’ait pris le conflit puisse contribuer au désintérêt, il n’explique pas tout non plus, selon le professeur de philosophie, qui rappelle que la Première Guerre mondiale a connu un front statique pendant plus de trois ans sans que les journaux européens s’en désintéressent.

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Il s’agit donc davantage d’un résultat de la psychologie humaine, en raison du caractère distant du conflit et de l’absence d’une « identité collective » , avance M. Garner.

Les gens ont tendance à s’intéresser aux groupes qui leur ressemblent et auxquels ils s’identifient particulièrement, dit-il. « À mon sens, c’est un conflit lointain, qui ne concerne pas le citoyen moyen qui habite à Montréal ou à Manchester, au Royaume-Uni. Ce ne sont pas leurs vies qui se font bombarder, ce ne sont pas leurs familles qui se battent sur le front. »

Pression occidentale

 

Alors que le choc de l’invasion russe s’estompe, des analystes affirment que le Kremlin pourrait exploiter un conflit prolongé et profiter d’un déclin de l’intérêt des puissances occidentales, qui, elles, pourraient faire pression sur l’Ukraine pour trouver un terrain d’entente.

« Il est évident que la Russie est déterminée à épuiser l’Occident et qu’elle construit maintenant sa stratégie sur l’hypothèse que les pays occidentaux se fatigueront et commenceront progressivement à changer leur rhétorique militante en une rhétorique plus accommodante », a indiqué Volodymyr Fesenko, un analyste politique du groupe de réflexion Penta Center, à l’Associated Press.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est d’ailleurs déjà offusqué des suggestions occidentales de compromis. « La fatigue augmente, les gens veulent une sorte de résultat [qui est bénéfique] pour eux-mêmes, et nous voulons [un autre] résultat pour nous-mêmes », a-t-il déclaré.

Selon Charles-Philippe David, il est toujours possible que l’intérêt du public reprenne de la vigueur, le conflit étant loin d’être terminé. « Il peut y avoir des facteurs qui feraient en sorte que la situation ou que l’humeur politique change, ce qui ramènerait le conflit en priorité sur la scène publique. » La menace nucléaire, par exemple.

« Si, demain, le président Poutine attaque un pays balte, les articles [sur le conflit] vont revenir. Mais le fait qu’il ne l’a pas fait démontre que nous avons eu plus peur que lui de l’existence du nucléaire », conclut-il.

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Soy profesor universitario de economía, aficionado al golf y a los coches, y me gusta especialmente Asia. Vivo entre España y Portugal.