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Avec les pompiers de Mykolaïv Leur vie quotidienne alterne entre la neutralisation de missiles non explosés et l’extinction des feux dus aux bombes.

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Mykolaïv est connue pour son chantier naval. Cette ville portuaire du sud de l’Ukraine est aujourd’hui rythmée par les alertes qui résonnent dans ses rues, et les bombardements russes.

La population restée à Mykolaïv ne prête pas toujours attention à ces soubresauts de la guerre, malgré une attaque sur une base militaire le samedi 19 mars, et le bombardement d’un édifice administratif le 29 mars, qui ont fait à eux deux plusieurs dizaines de morts. Les forces ukrainiennes ont repoussé l’armée russe loin de ses faubourgs en direction de Kherson, ville voisine occupée, où la population manifeste quotidiennement pour demander le départ des troupes russes. Les stigmates des combats sont visibles sur les immeubles éventrés par les missiles.


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Les rues sont vidées de leurs voitures, et les quelques piétons déambulent en plein milieu des boulevards. Un énorme signe « I love Mykolaïv » rappelle la vie d’avant-guerre d’une ville anciennement animée. Les restaurants et magasins sont fermés, et des files d’attente sont visibles devant les pharmacies et un marchand de fruits et légumes.

Tatiana, 68 ans, montre les décombres de sa maison qui a été touchée à 1 h 30 du matin, le 25 mars 2022. 


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Née de parents ukrainiens à Grozny, la capitale de la Tchétchénie, elle a déjà fait face aux bombardements russes qui ont ébranlé son pays natal en 1994 et l’ont poussée, à l’âge de 42 ans, vers la terre de ses ancêtres : l’Ukraine. Le matin du 24 février, Tatiana, cette femme forte et de caractère, voit l’histoire se répéter. Les bombes russes se sont encore abattues près d’elle faisant un trou béant dans son grenier et brisant les vitres de ses fenêtres.


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Son grenier n’est plus qu’un champ de ruines, laissant le froid glacial se faufiler dans sa maison. Son fils, soucieux, lui avait préparé un abri de fortune dans la cave, et lui avait installé un matelas à même le sol et une lampe raccordée à l’étage à l’aide d’une rallonge. Il est venu rapidement aider sa mère à nettoyer les dégâts causés par l’impact. Dépité par le travail à fournir pour remettre en état la maison, il se frotte le visage. Tatiana est formelle : « Je ne fuirais pas une seconde fois, il faut fermer l’espace aérien ! »

Des victimes civiles

Une fine grêle s’abat sur le parvis de la morgue de Mykolaïv. Dans un des recoins de l’établissement, des employés fument discrètement des cigarettes avant de charger dans les camions les cadavres de civils tués par les bombardements russes.


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Une femme emmitouflée dans un épais manteau orange observe la scène macabre. Le défunt transporté par les employés de la morgue, qui semble figé par ce matin glacial, est un de ses proches. Frissonnant de froid, elle chuchote.

En quelques minutes, trois camions et trois cercueils ont pris la direction du cimetière, non loin de la ligne de front. Celle-ci a été la cible d’un missile russe qui n’a pas explosé lors d’une cérémonie la semaine précédente.

Au milieu de ce va-et-vient incessant, des militaires et des volontaires d’unités des forces territoriales sont également présents. L’un d’eux est un militaire ukrainien à la retraite. Il est équipé d’un tourniquet accroché à son gilet tactique, à côté un écusson indiquant son groupe sanguin : A +. Son arme, qui semble tout droit sortie d’usine, est fermement maintenue le long de son corps. Lorsque la guerre a débuté, il ne pouvait attendre l’ordre de rejoindre l’armée comme réserviste, alors, comme beaucoup d’Ukrainiens, il a rejoint volontairement les unités des forces territoriales. « Je ne pouvais pas attendre qu’on m’appelle comme réserviste. Ce n’est pas possible de travailler dans un bureau, avec mon expérience, je dois défendre mon pays », dit-il, convaincu. La conversation s’interrompt au passage d’un militaire qui accompagne une femme en pleurs. À bout de forces, la femme s’effondre. Le militaire lui tenant le coude pour qu’elle ne tombe pas, ils entrent dans l’obscurité de la morgue.

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Une porte entrebâillée donne accès à un charnier où une dizaine de cadavres difficilement identifiables sont empilés les uns sur les autres. Les corps sont marqués par la violence des bombardements ; la chair est rougie par les brûlures, et des membres sont arrachés. Certains corps gardent un semblant d’humanité avec des expressions de visages restées figées, quand d’autres n’ont plus de peau. Les tissus qui les habillent sont de couleur kaki, similaire à celle des tenues militaires.

Dans un hangar plus loin, des cadavres sont disposés en une rangée, à même le sol. Un volontaire des défenses du territoire et un militaire s’approchent pour masquer la scène. La guerre est partout, elle tue sans distinction civils et militaires, mais le mot d’ordre c’est de ne pas la montrer. Les portes de la morgue se referment au moment où un chien boiteux vient se mettre à l’abri de la grêle qui tombe sur Mykolaïv.

L’hôpital psychiatrique de Mykolaïv a été visé par une frappe le 21 mars, qui n’a fait aucune victime. Des personnes munies de pelles forment deux rangées dans la cour de l’établissement. Les groupes se dirigent vers les trois bâtiments touchés par l’explosion. Avec maladresse et une certaine lenteur, les patients de l’hôpital prennent part au nettoyage des lieux.
 


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Dégager les décombres est devenu une scène banale dans la ville de Mykolaïv. Près d’immeubles d’habitation, deux jeunes femmes équipées de balais se mobilisent pour nettoyer un trottoir recouvert de fins éclats de verre. Plus loin, des trous laissés par l’impact des missiles ont été recouverts par de la terre et des cailloux.

Les habitants tentent de panser les plaies de leur ville malgré les bombardements qui continuent.

Le Tornado-S

Au milieu d’une rue cabossée en terre, des chiens aboient derrière un portail. Un garage a été transpercé par un missile Tornado-S qui s’est finalement planté sans exploser dans une voiture Mercedes Benz neuve. Le modèle Tornado-S a une portée de feu de 120 km.

Dmitry, 26 ans, est à la tête d’une unité spéciale des pompiers de Mykolaïv. Après une analyse visuelle en se tenant à distance, le chef des pompiers donne des ordres à ses équipes. « Il ne semble pas y avoir d’explosif, mais mettez vos gilets pare-balles, casques et gants avant d’approcher le missile. » Les bombardements sont quotidiens. « Nous récoltons ces cadeaux de l’enfer quatre à six fois par jour, exprime, fataliste, Dmitry. La peur est présente, il faut avoir peur, sinon c’est que nous sommes fous. » Dmitry, comme de nombreux Ukrainiens au début de la guerre, a amené ses proches dans un pays limitrophe pour les protéger. La femme et les enfants de Dmitry ont trouvé refuge en Moldavie. « Ils m’appellent tous les jours pour s’assurer que je suis toujours en vie et que je fais bien mon travail », raconte-t-il.

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Le propriétaire du véhicule transpercé par le missile russe est sur place. Une canette de bière sans alcool à la main, Andrej observe les pompiers qui s’affairent à extraire l’engin. « Avec mon salaire de 300 $ par mois, j’avais économisé pendant trois ans pour m’offrir cette Mercedes que j’ai pu acheter il y a seulement deux mois, quand l’ombre de la guerre ne planait pas encore », explique-t-il, démoralisé. Avec son voisin, Ihor, ils filment la scène et la prennent en photo sous tous les angles pour passer le temps et pour oublier que le missile aurait pu exploser et les tuer. « J’ai tout perdu », soupire Andrej.


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Dmitry, le chef des pompiers de Mykolaïv, examine le Tornado-S. Selon lui, ce modèle a été utilisé par la Russie en Syrie. Les particularités de ce lance-roquettes sont sa longue portée de tir et sa précision grâce à ses obus équipés individuellement d’un système de navigation intégré.

Pour permettre l’extraction du véhicule et du Tornado-S, les pompiers évacuent la zone. Andrej, le propriétaire de la Mercedes, est tenu à distance. Après quelques essais, en vain, l’équipe de Dmitry parvient à déplacer la voiture à l’aide d’un camion qui l’a tirée par un câble en fer.


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Vladimir est un pompier de 22 ans de l’équipe de Dmitry. Avec ses collègues, ils inspectent le Tornado-S coincé dans la Mercedes.


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Il s’exclame : « Qu’est-ce qu’il faut dire d’autre ? Tout le monde sait ce qu’on demande, fermez le ciel ! » Ses paroles font écho à la demande répétée du président ukrainien, qui, depuis le début du conflit, réclame une zone d’exclusion aérienne sur son territoire.

Mobilisés pendant une heure, les pompiers de Mykolaïv ont fini l’opération pour sécuriser la zone. La voiture détruite est à nouveau garée dans son garage au plafond troué.


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Une vie en fumée

Une immense fumée noire jaillit d’un quartier de la ville. Aucune alerte anti-bombardement ni aucune explosion n’ont été entendues. La vie quotidienne des pompiers de Mykolaïv alterne entre la neutralisation de missiles non explosés, l’extinction des feux dus aux bombardements, et de simples feux domestiques. Malgré le grand nombre d’opérations à un rythme de travail important, la réserve des pompiers de Mykolaïv n’a pas encore été appelée.

Le 23 mars 2022, Dimitri conduit le camion des pompiers. C’est aussi son anniversaire, il fête ses 55 ans, mais n’a pas le temps de le célébrer. Il espère juste pouvoir se reposer ce soir.


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

14 h. Volodymir et sa femme, Zoya, tous les deux âgés de 65 ans, ont appelé les pompiers à l’aide lorsque leur grange et une petite maison en construction pour leur fils a pris feu.


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Alors que les pompiers s’activent pour éteindre l’incendie, Volodymir s’approche au plus près pour superviser, avant que les pompiers ne lui demandent de s’écarter. « Il peut y avoir des explosions », prévient l’un d’entre eux.


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP


Photo: Adrienne Surprenant / MYOP

Volodymir, angoissé, fait les cent pas avant de rejoindre sa femme, qui se balance calmement sur une chaise d’extérieur. Cela fait 20 ans qu’ils y habitent et devant leurs yeux, leur vie part en cendres et en fumée.  

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Soy profesor universitario de economía, aficionado al golf y a los coches, y me gusta especialmente Asia. Vivo entre España y Portugal.